L’Herbier LY : voyage au centre d’une mémoire végétale

L’Herbier LY : voyage au centre d’une mémoire végétale

L’Herbier de l’Université Claude Bernard Lyon 1, répertorié internationalement sous le sigle LY selon l’Index Herbariorum, constitue l’un des plus importants herbiers au monde. Riche de plusieurs millions de spécimens de plantes séchées, il fait partie des plus grands herbiers universitaires à l’échelle internationale. Il se positionne également comme une référence majeure au niveau national après celui du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.

Installé sur le campus de La Doua à Villeurbanne, il rassemble une diversité végétale exceptionnelle : plantes à fleurs, fougères, mousses, lichens, algues du monde entier, ainsi qu’une des plus grandes collections de champignons aphyllophorales du monde. Cette collection exceptionnelle constitue une mémoire vivante de la biodiversité mondiale, collectée sur plusieurs siècles.

©Eric Le Roux

L’histoire de l’Herbier LY est intimement liée à deux donations majeures. En 1925, c’est la donation de Marie Bonaparte, princesse de Grèce et fille de Roland Bonaparte, qui confère à Lyon une notoriété mondiale. Roland Bonaparte, descendant de Napoléon Ier, avait constitué le plus grand herbier jamais réalisé par un particulier, réuni dans 9 132 cartons et collecté dans le monde entier entre 1800 et 1924. Son arrivée à Lyon nécessite un convoi exceptionnel de 22 wagons, le Muséum national d’Histoire naturelle de Paris n’ayant pas la place de l’accueillir. L’originalité de ce fonds réside dans ses cartons verticaux, disposés comme des livres, renfermant jusqu'à 150 parts chacun, sur un linéaire de 4,4 kilomètres.

En 1927, Lyon reçoit aussi l’herbier exceptionnel du botaniste Michel Gandoger, prêtre et scientifique passionné originaire du Beaujolais. À la tête de 800 000 spécimens récoltés lors de nombreuses campagnes, dont 24 voyages en Espagne et au Portugal, il lègue à la Faculté des Sciences une collection unique sur la flore méditerranéenne et mondiale.

© DIST Lyon1

Déposé à Lyon 1 en 2007, puis donné en 2018, l’herbier d’Alexis Jordan (1814-1897) – 400 000 spécimens – a apporté un outil incomparable à l’étude des microespèces végétales et à la compréhension de la diversité intraspécifique. Jordan cultiva plusieurs dizaines de milliers de plantes dans son jardin expérimental lyonnais pour prouver l’existence de “microespèces”, faisant de lui un pionnier des études populationnelles en botanique.

De nombreuses autres collections enrichissent encore l’Herbier LY, comme les 500 000 spécimens de Georges Rouy intégrés au fonds Bonaparte, dont de nombreux hybrides et des collections européennes majeures ; les collectes historiques de Philibert Commerson, compagnon de l’expédition Bougainville ; ou des spécimens associés à Jean-Jacques Rousseau.

© Herbier de l'Université Claude Bernard Lyon 1.

Jusqu’en 1971, ces collections connaissent plusieurs déménagements. Cette année-là, un bâtiment conçu spécialement pour leur conservation est inauguré sur le campus de la Doua à Villeurbanne, offrant 2 250 m² prévus pour le mobilier d’origine et la préservation sur le long terme. Ce site comprend également la bibliothèque scientifique de Roland Bonaparte et des salles d’exposition.

Vue Herbier © DIST Lyon1

Au-delà des plantes vasculaires, l’Herbier LY conserve d’importantes collections de champignons, notamment la collection Jacques Boidin, l’une des plus riches d’Europe avec 20 000 exsiccata spécialisés, régulièrement enrichie et réorganisée pour répondre aux besoins des chercheur·euses.

L’Herbier n’est pas un musée figé, mais un outil crucial pour la recherche scientifique contemporaine. Il s'accroît d'ailleurs chaque année grâce aux dons de collections nouvelles ou anciennes. Il conserve de nombreux spécimens types, supports essentiels à la description et la dénomination des espèces végétales. Les usages vont de la taxonomie à la phylogénie moléculaire, en passant par la conservation, la biogéographie et même la paléoécologie. Chaque année, il accueille des dizaines de chercheur·euses internationaux·ales et contribue à des publications majeures.

L’herbier joue aussi un rôle central de conservatoire de la biodiversité, documentant plantes rares, menacées ou disparues et permettant d’étudier l’évolution de la répartition des espèces à l’heure du changement climatique.

© LyonMag

Entre 2018 et 2019, un vaste projet de numérisation a été mené avec le programme national e-ReColNat, grâce à un banc de numérisation industriel installé sur place. Plus de 780 000 planches ont été numérisées, rendant accessible sur internet l’essentiel du fonds Bonaparte, et permettant ainsi d’élargir la dimension patrimoniale et scientifique de l’herbier à l’échelle internationale. Une campagne de financement participatif a permis d’accélérer la conservation et la mise à disposition de ce trésor scientifique.

© R.Gardette

Lieu de transmission par excellence, l’Herbier LY accueille les étudiant·es pour des séances de formation à la botanique, à la systématique et à la conservation, ainsi que les chercheur·euses venant étudier les spécimens pour leurs travaux. Il ouvre ses portes au grand public lors d’événements culturels majeurs comme les Journées du Patrimoine ou la Fête de la Science, mais propose également des visites sur réservation (payantes). Des visites sont aussi parfois organisées pour les chercheurs, étudiants, enseignants ou les personnels de l’université. Un circuit botanique parcourt enfin le campus de la Doua, valorisant plus de 120 essences par une approche pédagogique et interactive.

L’Herbier de Lyon 1, avec ses millions de spécimens pesant 60 tonnes sur quatre kilomètres linéaires, incarne à la fois la mémoire végétale de la planète et un laboratoire vivant pour affronter les défis de la conservation et du changement climatique. Grâce à la numérisation et à la valorisation continue, ce trésor botanique est désormais accessible au monde entier, garantissant la transmission de son patrimoine aux générations futures.

 


SOURCES

Herbier de l'université Claude-Bernard-Lyon-I – Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Herbier_de_l%27universit%C3%A9_Claude-Bernard-Lyon-I

Les Herbiers de l’Université scientifique de Lyon – Tela Botanica
https://www.tela-botanica.org/2018/02/les-herbiers-de-luniversite-scientifique-de-lyon-un-outil-dexception/

Herbier LY - Université Lyon 1
https://herbierly.univ-lyon1.fr/

Lyon 1, le plus important herbier universitaire au monde – Linflux
https://www.linflux.com/collections/patrimoine/lyon-1-le-plus-important-herbier-universitaire-au-monde/

L’Herbier de Marc-Antoine-Louis Claret de La Tourrette
https://lesherbiersderousseau.org/herbier-marc-antoine-louis-claret-de-la-tourrette/

L'Herbier de l'Université Lyon 1 numérisé – Lectura Plus
https://lectura.plus/herbier-universite-lyon-1-numerise/

L’herbier virtuel du Prince Bonaparte – Tela Botanica
https://www.tela-botanica.org/2018/02/lherbier-virtuel-du-prince-bonaparte/

Et aussi :
https://www.club-innovation-culture.fr/lyon-1-lance-campagne-financement-numerisation-herbier/
https://fetedelascience.fr/manifestations-exceptionnelles/fiche/7841
https://leprogres.fr/rhone-69-edition-lyon-metropole/2019/04/21/villeurbanne-sciences-naturelles-patrimoine-l-herbier-de-lyon-1-un-tresor-vegetal-insoupconne
https://popsciences.universite-lyon.fr/evenements/26e-edition-de-la-fete-de-la-science-metropole-de-lyon-et-rhone
https://icre.uni-lyon1.fr/collections/collections-biologiques/history-of-the-collection
https://cbnmc.fr/la-flore-sauvage-de-retour-sur-la-lone-de-jonage
https://jardin-botanique-lyon.com/herbiers
https://lyoncapitale.fr/actualite